• Animorphs - T13 - La mutation - Chapitre 4

    CHAPITRE 4


    < On ne vas pas loin, juste à la station-service. >
    < Ils utilisent la station-service? J'y crois pas, fit Rachel en riant. Tu dois reconnaître qu'ils sont ingénieux. >
    Nous avons volé. Pas côte à côte, ça aurait paru louche. Les aigles ne volent pas franchement en formation comme des oies. Nous avons gardé une distance d'une centaine de mètres entre nous. Mais avec notre vue incroyablement perçante ajoutée à la parole mentale, ça faisait exactement comme si nous étions proches l'un de l'autre.
    Nous avons grimpé de plus en plus haut, aidés par les courants thermiques, puis nous sommes passés de l'un à l'autre. Cela veut dire que vous montez jusqu'au sommet d'une colonne d'air tiède pour glisser alors sur la suivante. Ensuite, vous montez de nouveau, et de nouveau vous attrapez le courant d'après. C'est une façon facile et paresseuse de voler. On n'arrive pas très vite là où on veut aller, mais on ne se fatigue pas non plus.
    C'était formidablement agréable de voler juste en dessous des nuages avec Rachel. J'ai peut-être perdu mon corps humain, mais j'ai gagné des ailes. Et voler, c'est... enfin, je suis sûr que vous en avez déjà rêvé. Je sais que j'en rêvais souvent. Assis en classe, en regardant par la fenêtre, ou allongé dans l'herbe, j'y pensais en me demandant quel effet cela ferait d'avoir des ailes. De pouvoir s'envoler loin de tous les petits problèmes stupides de la vie.
    Voler est aussi génial que vous l'imaginez. Ça présente aussi certains problèmes, comme tout. Mais je vous assure que par une belle journée, avec les montagnes de nuages cotonneux qui montrent le chemin des courants ascendants, c'est tout simplement merveilleux.
    < Alors, où est-ce qu'on va? Ce n'est pas la direction de la station-service >, a remarqué Rachel.
    Ça m'a fait réagir d'un coup. J'ai baissé le regard vers la terre, et j'ai repéré le quadrillage familier des routes et des maisons, que je connais si bien sous cet angle. Nous étions à la lisière de la forêt. Pas très loin de la ferme de Cassie.
    < Qu'est-ce qu'on fait là? J'ai dû me tromper. Excuse-moi. C'est par ici. >
    J'ai viré abruptement sur la gauche et je me suis mis à battre des ailes pour gagner de la vitesse. Rachel devait tenir compte de la limite des deux heures de temps. Nous en avions perdu beaucoup. Je n'arrivais pas à comprendre comment j'avais pu me tromper comme ça.
    Pendant un bon moment, nous avons battu des ailes avec vigueur.
    < Euh... Tobias? Je délire, ou nous sommes revenus exactement au même endroit? >
    J'ai baissé les yeux. Elle avait raison. Nous étions revenus pile dans le même secteur, en bordure de la forêt.
    Ça m'a fait froid dans le dos.
    < C'est pas vrai... >, ai-je murmuré.
    < Tu es perdu? >
    < Perdu? Bien sûr que non. Je ne me pers pas. Nous volons vers l'est, légèrement sud. Je sais exactement où nous sommes. Mais ce n'est pas la direction que j'avais prise. >
    < Est-ce qu'il y a un problème? > m'a demandé Rachel.
    < C'est complètement absurde. J'avais pris la direction de... >
    Et c'est alors que j'ai vu la chose se produire.
    Nous glissions au-dessus de la lisière de la forêt. D'un côté, des champs verts et tracés au cordeau. De l'autre, une bande de broussailles et de ronces, avec une clôture en barbelés défoncée. Ensuite, les arbres : des ormes, des chênes, différentes espèces de pins.
    Les arbres s'étendaient depuis les champs jusqu'aux montagnes, loin à l'horizon. Avec mes yeux de faucon, j'arrivais même à voir que les sommets étaient enneigés.
    Mais ce n'est pas cela que je venais subitement de remarquer. Ce que j'avais vu, c'était un énorme chêne isolé, qui glissait sur le côté.
    Qui glissait. Comme s'il n'avait pas de racines. Comme s'il était monté sur un skateboard. Un chêne immense qui passe en glissant.
    Et à la place du chêne, il y avait maintenant un trou dans le sol.
    < Qu'est-ce que c'est que ça? > s'est écriée Rachel.
    < Alors là! >
    < Cet arbre... il se déplace tout seul. >
    < Et le trou qui est en dessous n'est pas naturel. Il est trop rond. Ce sont des hommes qui l'ont fait. >
    < Peut-être pas des hommes >, a rétorqué Rachel d'un ton sinistre.
    < Il y a quelque chose au fond! J'ai vu quelque chose bouger. Ça sort! Ça sort du sol! >
    < Je le vois. Qu'est-ce que c'est? Tu le vois, toi? >
    J'avais un meilleur angle de vue que Rachel. Je pouvais voir ce qui sortait de sous la terre.
    Et j'ai vu une tête reptilienne surmontée d'énormes cornes dardées vers l'avant.
    J'ai vu des épaules carrées et des bras armés de lames aux poignets et aux coudes.
    J'ai vu les gros pieds de tyrannosaure, la petite queue hérissée de piquants et les lames aux genoux.
    J'ai vu deux mètres dix de mort, façon lame de rasoir.
    < Un Hork-Bajir >, ai-je répondu.

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